4ème partie : les asiates
Chapitre 19 – Les cinq empereurs :
Shun , 2 / Yu
La légende
Comme son père Gun, Yu avait un cœur généreux et était épris de justice, mais il était plus intelligent et plus courageux que son père. Il prit la résolution de reprendre et de poursuivre sa tâche inachevée pour dompter les Eaux.
Yu haïssait l’Empereur Céleste. Il ne monta pas au ciel pour implorer son aide, mais prit le parti de maîtriser les Eaux de ses propres mains et avec l’aide de tous ceux qui voudraient le suivre.
Yu savait que la cause première de tous ces désordres sur terre, c’était Gong Gong, le génie des eaux qui, avec son armée de diables des montagnes et de démons des eaux, troublaient l’ordre de la nature. On ne pourrait dompter les eaux sans le neutraliser d’abord.
Yu invita les divinités à se rassembler sur le mont Maoshan, au bord de la Mer orientale pour organiser une expédition commune contre Gong Gong. Ce projet généreux avait gagné beaucoup de partisans. Les divinités vinrent de partout. Il y avait là Bo Yi le génie des oiseaux, Wu Muyou le génie des bois, Tong Lü chargé du maintien des règlements et de la loi céleste, Geng Chen le génie du temps ainsi que Kui Long, Ying Long et d’autres encore…
Ils se consultèrent: La Plaine centrale du mont Tongbai était la région la plus sinistrée; elle était occupée par Wu Zhiqi, génie des eaux des rivières Huai et Guo. C’était le génie favori de Gong Gong. Fort de son pouvoir, il semait vent et tempête. Il était cruel et sans aucune retenue dans sa conduite.
Yu était passé trois fois par cette région. Il avait vu les crues déferler: Le spectacle de cette mer immense était effrayant. La décision fut donc prise de neutraliser Wu Zhiqi en premier.
Yu chargea d’abord Tong Lü et Wu Muyou de faire une expédition contre Wu Zhiqi. Mais comme le génie des eaux était très fort, ceux-ci ne pouvaient l’emporter. Wu Zhiqi était à la fois rusé et féroce. Il ressemblait à un gorille: Front proéminent, nez aplati, une tête blanche sur un corps vert, des dents d’une blancheur de neige et des yeux jaunes, brillants de malice. Son cou mesurait une trentaine de mètres. Il était doté d’un force extraordinaire et pouvait se mesurer à neuf éléphants.
Généralement il se cachait dans l’eau et, lorsqu’il en sortait, c’était tantôt à l’Est, tantôt à l’Ouest et cela rendait difficile sa capture. Yu envoya alors Geng Chen, le Génie du Temps. Il était plus leste que Wu Zhiqi. A la vue de Geng Chen, Wu Zhiqi voulut se sauver dans l’eau, mais il était trop tard; dans un cliquetis d’acier, il fut touché par la hallebarde de Geng Chen et capturé. Yu ordonna qu’on lui passe une chaîne au cou et qu’il lui soit accroché au nez une grappe de grosses cloches d’or, puis qu’on l’enferme à clef au pied du mont Gui, au bord de la rivière Huai, afin de le neutraliser à jamais.
Wu Zhiqui réduit à l’impuissance, il fallait maintenant sévir contre Gong Gong. Celui-ci se trouvait alors dans la région de Kongsang. Pour qu’il ne s’échappât pas par avance, Yu rappela les génies en consultation. Ils décidèrent d’encercler à l’improviste Gong Gong afin de le capturer d’un seul coup. Mais le Génie du Vent arriva en retard à la réunion, différant ainsi le départ de l’expédition.
Gong Gong eut vent de la capture de Wu Zhiqi et de l’expédition qu’on préparait contre lui. Il excita les crues et la région de Kongsang fut entièrement submergée. Profitant de la puissance des eaux, il s’enfuit on ne sait où.
Tout le monde était très fâché contre le Génie du Vent. A cause de lui, on avait manqué l’occasion de capturer Gong Gong et lorsque le retardataire arriva enfin au mont Maoshan, Yu le fit mettre à mort. On dit que le mont Huiji, dans la province de Zhejiang, n’est autre que l’ancien mont Maoshan. “Huiji” ne signifie-t-il pas “réunion de discussion d’un projet”?
Après la capture de Wu Zhiqi et la fuite de Gong Gong, la tâche principale restait encore à faire: Drainer les eaux vers la mer et maîtriser les crues pour que les hommes puissent vivre en paix. L’oeuvre était immense et extrêmement pénible.
Après avoir bien réfléchi, Yu estima que pour dompter les Eaux, il fallait d’abord faire des recherches sur la configuration et le relief de la terre. Il ordonna alors à Da Zhang et Shu Hai, deux grands génies célestes, de mesurer la surface de la terre. Da Zhang marcha d’Est en Ouest et calcula la largeur de la terre : 200 033 500 li et 75 pas. Shu Hai obtint le même chiffre du nord au sud.
En outre, selon leur rapport, des rivières et des fleuves sillonnaient la terre en tout sens, tandis que d’innombrables abîmes s’ouvraient sur une profondeur de plus de 800 mètres. L’aménagement des Eaux sur une si vaste étendue ne serait pas chose aisée.

Cependant, vouloir c’est pouvoir. Déterminé à ne reculer devant aucune difficulté, Yu se lança dans cette tâche gigantesque pour délivrer l’Humanité de ce fléau le plus rapidement possible.
Pour draguer les fleuves et combler les abîmes, il fallait d’abord connaître l’inclinaison de la terre, et trouver les sources des fleuves et les endroits où l’on pouvait drainer les eaux des crues. A la tête d’une petite troupe et au mépris du vent et de la pluie, Yu chemina par monts et par vaux en faisant face à d’innombrables dangers. Il parcourut des régions où personne n’avait jamais mis les pieds. Il y vit des choses extraordinaires et apprit des histoires étranges qui sont présentées dans les contes des pays lointains.
Cela lui a été possible grace à son cheval Fein Jueti , infatigable et capable de parcourir 15.000 kms par jour !
Dans son travail d’aménagement des crues, Yu bénéficia du soutien de plusieurs divinités. Un jour, au cours d’une inspection dans les monts Longmen, il rencontra Fu Xi, qui habitait la région. Ce dernier lui offrit la carte des Huit Trigrammes représentant le ciel, la terre, le vent, le tonnerre, l’eau, le feu, la montagne et les lacs, ainsi que leur place et leurs rapports entre eux. Cela était d’une grande utilité pour aménager les eaux.
Un autre jour, Yu était en train d’inspecter le fleuve Huanghe lorsqu’un génie à visage d’homme et à corps de poisson surgit de l’eau et lui offrit à son tour une carte hydrologique. Ce génie n’était autre que Feng Yi, le maître des fleuves. Cette carte indiquait les directions des fleuves ainsi que leur débit. Comme dit le proverbe, celui qui s’en tient à la justice gagne toujours des soutiens. Grâce à ces deux cartes et à ses propres investigations, Yu put commencer l’aménagement des Eaux proprement dit.
On se mit au travail. Muni d’une pioche et d’un panier, Yu ouvrit le chantier sur lequel allaient travailler des milliers et des milliers de gens. Ils creusèrent des lacs, construisirent des barrages, transportèrent de la terre et comblèrent les ravins.
Au cours de leur travail, la Tortue Céleste qui avait aidé Gun à transporter la Terre Proliférante apporta son soutien à Yu. Elle pouvait transporter une colline en une seule fois. Pour combler un ravin profond de centaines de mètres, quelques allers et retours lui suffisaient. Le Dragon Ying, d’une taille gigantesque et d’une force herculéenne vint aussi apporter sa contribution à l’aménagement des crues. Avec son immense queue plus dure que l’acier, il pouvait draguer plusieurs fleuves en une journée.
Les travaux les plus durs et les plus pénibles furent sans conteste ceux du percement de la porte du Dragon. Le mont Longmen s’étendait sur des centaines de kilomètres et barrait le fleuve Huanghe sur son cours moyen, coupant le cours des eaux tumultueuses et les obligeant à s’écouler par une étroite vallée au pied de la montagne. Lorsque les crues venant d’amont se précipitaient ici, elles ne pouvaient être drainées à temps et se ruaient partout en causant de terribles inondations.

Malgré la fatigue et en dépit du danger, Yu participa aux travaux de perçage du mont Longmen. En été, le soleil ardent leur tapait sur la tête; les pierres étaient brûlantes et les corps luisaient de sueur. En hiver le vent hurlait, le froid fendait les pierres; les doigts étaient transis et les pieds crevassés.
D’un bout de l’année à l’autre il fallait lutter contre le vent, le givre, la pluie ou la neige, se protéger contre les insectes venimeux et les fauves. Les printemps et les hivers se succédèrent. Finalement, après cinq années de travail acharné, la Porte du Dragon fut percée et les eaux purent désormais s’écouler librement.
Quel orgueil et quelle joie lorsque les travaux furent achevés! Les gens vinrent entourer Yu et lui exprimer leur gratitude. Leurs cris s’envolèrent jusqu’au ciel et secouèrent la cour céleste. Lorsque l’Empereur Céleste daigna jeter un coup d’oeil en bas, il n’en revint pas. il ne lui était jamais venu à l’idée qu’on pût réaliser un aussi gigantesque ouvrage.
Plus tard, la Porte du Dragon devint un endroit mystérieux. Chaque année, au début du printemps, les carpes vivant en aval de la Porte s’y rassemblaient pour sauter ce barrage naturel. On dit que celles qui réussissaient cet exploit devenaient des Dragons et celles qui échouaient se cassaient la tête et les branchies contre les rochers. Malgré le danger, peu de poissons ne tentaient pas leur chance.
La femme de Yu était originaire du mont Tushan dans le sud. Elle s’appelait Nujiao. Après leur mariage, Yu ne resta que quatre jours auprès d’elle, puis repartit aménager les Eaux. Nujiao donna naissance à un fils qu’elle appela Qi, comme lui avait demandé Yu avant de repartir. Qi signifie “départ” et symbolise le départ de Yu quatre jours après leur mariage.
Après avoir quitté sa famille, Yu parcourut le pays d’un bout de l’année à l’autre. Nujiao s’ennuyait beaucoup de lui. Souvent, son fils dans les bras, elle descendait au pied du mont Tushan pour attendre son retour.
En vain, Yu ne rentrait pas. dans sa déception, elle composa pour lui la première chanson d’amour de la Chine du Sud:
“Ô homme que j’attends, sais-tu que le temps est long!…”
( La suite de ce chant n’est malheureusement pas connue. )
Un jour, comme d’habitude, son enfant dans les bras, Nujiao attendait au pied de la montagne. Soudain, elle vit un homme venir au loin. Ce n’est que lorsqu’il fut tout près qu’elle reconnut son mari. Epuisé par sa tâche, il avait beaucoup maigri. Ses pieds et ses mains étaient couverts d’ampoules, ses vêtement étaient en lambeaux. Seuls ses deux yeux brillants reflétaient toujours sa sagesse et sa volonté.
A la vue de Yu, Nujiao fut partagée entre la joie de le retrouver et la tristesse de le voir dans cet état. Elle le pressa de rentrer à la maison pour se reposer.
- Non, ce n’est pas possible, expliqua Yu à sa femme. Les travaux d’aménagement des Eaux ne sont pas finis et les gens bloqués sur des buttes ou réfugiés dans les montagnes sont toujours menacés par les crues. Il est urgent de les sauver!
- Reste au moins quelques jours à la maison, le supplia-t-elle. Regarde-toi, tes vêtements doivent être réparés et tes chaussures sont à refaire.
- Non, le temps presse! Je sais qu’en mon absence, tu mènes une vie difficile, dit Yu sur un ton de regret, mais tant que les crues ne seront pas maîtrisées, je ne pourrai pas me reposer!
Il prit son enfant des bras de sa femme, lui donna plusieurs baisers, puis, après quelques paroles de réconfort à Nujiao, il repartit sans se retourner une seule fois.
La légende dit que Yu passa ainsi trois fois devant chez lui sans jamais s’arrêter.
Des années passèrent. Yu allait du Nord au Sud, du levant au couchant, malgré le vent et la pluie, la fatigue et les dangers, toujours à la tête des travailleurs pour dompter les Eaux.
Enfin, après treize années de travaux, les ravins furent comblés, de grands lacs creusés, les cours d’eau dragués. Les eaux coulaient désormais des montagnes vers les plaines, des lacs vers les fleuves pour se jeter finalement à la mer. Les plaines furent asséchées. On put réparer et construire les maisons, défricher les champs, élever des boeufs et des moutons, et mener une vie heureuse.
Sans se prosterner devant l’Empereur Céleste ni utiliser de Terre Proliférante, en comptant seulement sur ses propres forces, on réussit tout de même à aménager les eaux sous la conduite du sage et courageux Yu. Si l’exploit en revient à Yu, la fierté rejaillit sur toute l’Humanité. Pour le remercier, le peuple le désigna comme successeur de l’Empereur Shun qui, âgé et en mauvaise santé, céda volontiers sa place à Yu.
Les annales historiques chinoises indiquent que Yu le Grand fut le premier Empereur de la dynastie des Xia ( XXIe – XVIe siècle avant notre ère). Yu s’entoura de deux sages, Bo Yi et Gao Tao qui le conseillèrent utilement. Son règne fut prospère et, toujours proche du peuple, il allait souvent faire des inspections.
Là où la récolte était mauvaise, il faisait importer des régions riches des produits en quantité suffisante pour que tout le monde pût vivre tranquillement et se consacrer à ses occupations, avoir de quoi manger, de quoi s’habiller et mener une existence heureuse.
Il apprit au peuple à planter des arbres sur les versants des montagnes et du riz sur les terres basses.
Chaque année, les neuf préfectures du royaume devaient offrir des produits locaux à la capitale Anyi. Ce n’était pas pour satisfaire ses propres besoins, mais pour faire des échanges de produits dans tout le royaume.
Parmi les Empereurs de l’Antiquité, Yu le Grand fait figure de souverain sage et proche du peuple. Depuis cette époque, on utilise souvent l’expression : “Ne pas être inférieur à Yu” pour faire l’éloge de ceux qui accomplissent de grands exploits au service du peuple.
L’histoire
Yu ( souvent appelé Da Yu ou “Yu le Grand”) a vécu il y a plus de 4000 ans. Il était un homme si respecté par le peuple que Shun, le chef de la nation Huaxia de l’époque l’a désigné comme son successeur.
Shun, le successeur de Yao a demandé à Yu de poursuivre les travaux de son père.
Yu fit creuser des canaux pour drainer les eaux du Fleuve dans la mer. Et il n’hésitait pas à prêter main forte aux habitants, sans se plaindre, malgré la difficulté de la tâche. Lors des travaux d’aménagement, il mit au point plusieurs instruments de mesure et de nouvelles méthodes.
13 ans après, les eaux du Fleuve ont été drainées vers la mer. Et le peuple put alors reprendre ses activités dans les champs.
En souvenir des mérites de Yu, le peuple le baptisa Yu le grand. L’aménagement du Bassin est le premier exploit de Yu. La rédaction des « notes des montagnes et des mers » entreprises par son assistant Bo Yi est considérée comme le deuxième. C’est la première fois que les montagnes, les rivières et les grands événements de l’époque ont été enregistrés dans un ouvrage.
Commentaires
On voit que Yu , malgré que ce ne soit plus un dieu , mais un humain , dispose tout de même de l’aide de ces derniers :
Les cartes du ciel de Fu Xi
Les cartes hydrographiques de Feng Yi
La tortue céleste transportant Xi Rang ( la fameuse terre proliférante ou magique ) et permettant la construction des digues
Le cheval Fein Jueti capable de parcourir 15.000 kms par jour ( aéronef à mach 1 )